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vendredi, 14 mars 2008

OCEANO NOX

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Oceano Nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis ?

Combien ont disparu, dure et triste fortune ?

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?

 

Combien de patrons morts avec leurs équipages ?

L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages

Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !

Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée,

Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;

L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

 

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !

Vous roulez à travers les sombres étendues,

Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus

Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,

Sont morts en attendant tous les jours sur la grève

Ceux qui ne sont pas revenus !

 

On demande " Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ?

Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? "

Puis, votre souvenir même est enseveli.

Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.

Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,

Sur le sombre océan jette le sombre oubli

 

On s'entretient de vous parfois dans les veillées,

Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,

Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,

Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,

Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures

Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

 

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.

L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?

Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,

Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,

Parlent encore de vous en remuant la cendre

De leur foyer et de leur coeur !

 

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,

Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre

Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,

Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,

Pas même la chanson naïve et monotone

Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

 

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?

O flots ! que vous savez de lugubres histoires !

Flots profonds redoutés des mères à genoux !

Vous vous les racontez en montant les marées,

Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées

Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...

(Victor Hugo)

 

15:33 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

Commentaires

Intarissable poète. Un bâteau sur l'eau c'est normal. Il ressemble à celui qui se trouve échoué sur la plage des Sables d'Olonne
à bientôt

Ecrit par : Charline | vendredi, 14 mars 2008

Qui n'a pas appris ce poème à l'école.Mais j'avais oublié bien des couplets.Merci Angélina de m'avoir rafraichi la mémoire.

Ecrit par : heraime | vendredi, 14 mars 2008

Bonsoir
C'est un beau poème, moi marin c'est pas le métier que j'aurais choisi trop dur et souvent partie et en plus j'ai peur de l'eau.
Bon week-end

Ecrit par : Noisette | vendredi, 14 mars 2008

bonsoir
oui poème connu !!mais très beau
moi aussi j'ai peur de l'eau et je sais pas nager
bonne soirée
bernadette

Ecrit par : bernadette | samedi, 15 mars 2008

ma chère Angelina, j'en ai passé un mais ce n'est pas le même que le tien... C'est drôle, sous le nez, j'ai en ce moment "les travailleurs de la mer" de V.Hugo... et je m'apprêtais à en publier un petit extrait car Betty avait ce bouquin également dans sa bibliothèque.
Toujours aussi romantique ce blog... Bises de miche

Ecrit par : miche | mardi, 18 mars 2008

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