mardi, 08 avril 2008

Souvenirs des Flandres

Souvenir des Flandres

J'ai goûté sur la dune où Dante a dû passer

Les couchants langoureux des pensives Zélandes ;

Les clochers regardaient de la digue et des landes,

Bruges, sur ton canal les bélandres glisser.

Villes, vos monuments, églises et musées,

Renaissent en mon âme. Ô Flandres, je revois

Vos chefs-d'œuvre debout, et d'eux monte une voix

Qui dit : " Nous renaîtrons, nous les pierres brisées. "

Qui dit : " Nous reviendrons, nous livres et tableaux

Nous autels, nous joyaux, et nous L'AGNEAU MYSTIQUE,

Nous Châsse de Memlinc, cet éternel cantique,

Et nous ces fins d'été qui saignent dans les flots

Nous renaîtrons : corons, hospices, béguinages,

Beffrois et carillons, négoces opulents.

Qu'importe le Malheur ! Sur les canaux dolents

Comme des cygnes vont les misères des âges.

Leur sillage s'efface aussitôt. Les destins

Rient dans les moissons d'or et dam le sein des mères.

Nous renaîtrons aussi, nous fêtes populaires,

Kermesses, Carrousels. " - Ô fraîcheur des matins

Tendresse des longs soirs alanguis dans les Flandres,

Grands ports que chaque nuit colorent les fanaux,

Je me souviens de vous, eaux vertes des canaux

Où glissent lentement les pensives bélandres.

L'ANÉMONE a fleuri dans le nom d'Archangel

Quand les anges pleuraient d'avoir des engelures,

Et le nom de Florence a soupiré conclure

Les serments en vertige aux degrés de l'échelle.

Des voix blanches chantant dans le nom d'Archangel

Ont modulé souvent des nénies de Florence

Dont les fleurs, en retour, plaquaient de lourdes transes

Les plafonds et les murs qui suintent au dégel.

Ô Florence ! Archangel !

L'une : baie de laurier, mais l'autre : herbe angélique,

Des femmes, tour à tour, se penchent aux margelles

Et comblent le puits noir de fleurs et de reliques,

De reliques d'archange et de fleurs d'Archangel !

Guillaume Apollinaire

12:19 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

vendredi, 04 avril 2008

Homage à Michel de Notre Dame

medium_Nostradamus_Mi.JPG

 NOSTRADAMUS

~~~

Né à St Rémy de Provence en 1503,

mort à Salon en 1566.

Astrologue et Médecin de Charles IX,

il est resté célèbre

par "son recueil de prédictions :

les Centuries"

écrites

vers 1555 dont la dernière date en clair concerne : 1999 !

~~~

 

Un grand voyant du monde est né au Moyen Age

Il s'est fait tout petit pour instruire les nations

Et nous donner à tous, son savoir en partage

Malgré les jugements de la grande Inquisition.

 

Comme la Sibylle de Delphes, il veut nous mettre en garde

Dans un élan d'amour, il lève un coin du voile.

A nous de découvrir tout ce qui nous regarde :

Notre vie, notre mort... inscrite dans les étoiles !

 

Certes il n'est pas facile d'accéder au suprême,

D'entrer dans les rayons d'un astre qui nous appelle,

Pendant que nos racines s'enroulent et nous enferment,

Nous risquons d'oublier que nous avons des ailes ! "

 

Fallait-il que tu aimes toute notre humanité

Pour lui donner l'espoir de voir un changement,

Quand la plupart des hommes vivent dans l'obscurité,

Tu montres le chemin d'un autre firmament.

 

Comme le soleil se lève et se couche chaque soir,

Comme une fleur s'éveille et se fanera demain,

Tu façonnes dans ton coeur la chaleur du savoir

Et comme une nourriture tu la mets dans nos mains.

 

Tu as su recevoir Cath(e)rine et ses enfants

Et les Grands Rois LOUIS sont venus voir ta tombe

Te rendant un hommage réservé aux plus grands,

Dans un jardin fleuri où chantent les colombes.

 

Michel, toi qui connaît déjà notre destin

Et qui attend là-haut, assis dans les nuages,

Que la Terre des humains se réveille demain,

Pour que règne la Justice et un meilleur partage...

 

Alors tu prouveras que tu avais raison

En voyant "l'ère nouvelle" naître dans le Verseau,

Quand tous les hommes enfin oublieront leurs passions

Et comme de grands enfants... sortiront du berceau.

 

(Jean-Claude Brinette)

17:51 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

mercredi, 19 mars 2008

Quand Matisse parle

medium_Henri_Matisse.jpg 

Quand Matisse parle

medium_deux_jeunes_filles.jpgJe défais de mes mains toutes les chevelures,

Le jour a les couleurs que lui donnent mes mains

Tout ce qu'enfle un soupir dans ma chambre est voilure

Et le rêve durable est mon regard demain

 

Toute fleur d'être nue est semblables aux captives

Qui font trembler les doigts par leur seule beauté

J'attends, je vois, je songe et le ciel qui dérive

Est simple devant moi comme une robe ôtée

 

J'explique sans les mots le pas qui fait la ronde,

J'explique le pied nu qu'a le vent effacé

J'explique le bonheur muet des plantes vertes

J'explique le silence étrange des maisons

 

J'explique infiniment l'ombre et la transparence

J'explique le toucher des femmes, leur éclat

J'explique un firmament d'objets par différence

J'explique le rapport des choses que voilà

 

J'explique le parfum des formes passagères

J'explique ce qui chanter le papier blanc

J'explique ce qui fait qu'une feuille est légère

Et les branches qui sont des bras un peu plus lents

 

Je rends à la lumière un tribut de justice

Immobile au milieu des malheurs de ce temps

Je peins l'espoir des yeux afin qu'Henri Matisse

Témoigne à l'avenir ce que l'homme en attend.

(Le Crève-Coeur)

(Louis Aragon)

 

Quelques oeuvres de H.Matisse:

medium_La_table_noire_1919_.jpg
La table noire
 ~
medium_Femme_au_fauteuil.jpg
femme au fauteuil
~
medium_Nature_morte_aux_oranges.jpg
Nature morte aux oranges
-

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vendredi, 14 mars 2008

OCEANO NOX

medium_bateau_sur_la_mer.JPG

Oceano Nox

Oh ! combien de marins, combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,

Dans ce morne horizon se sont évanouis ?

Combien ont disparu, dure et triste fortune ?

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l'aveugle océan à jamais enfoui ?

 

Combien de patrons morts avec leurs équipages ?

L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages

Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !

Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée,

Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ;

L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

 

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !

Vous roulez à travers les sombres étendues,

Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus

Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve,

Sont morts en attendant tous les jours sur la grève

Ceux qui ne sont pas revenus !

 

On demande " Où sont-ils ? Sont-ils rois dans quelque île ?

Nous ont' ils délaissés pour un bord plus fertile ? "

Puis, votre souvenir même est enseveli.

Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.

Le temps qui sur toute ombre en verse une plus noire,

Sur le sombre océan jette le sombre oubli

 

On s'entretient de vous parfois dans les veillées,

Maint joyeux cercle, assis sur les ancres rouillées,

Mêle encore quelque temps vos noms d'ombre couverts,

Aux rires, aux refrains, aux récits d'aventures,

Aux baisers qu'on dérobe à vos belles futures

Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

 

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.

L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue ?

Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur,

Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,

Parlent encore de vous en remuant la cendre

De leur foyer et de leur coeur !

 

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,

Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre

Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond,

Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne,

Pas même la chanson naïve et monotone

Que chante un mendiant à l'angle d'un vieux pont !

 

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?

O flots ! que vous savez de lugubres histoires !

Flots profonds redoutés des mères à genoux !

Vous vous les racontez en montant les marées,

Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées

Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous...

(Victor Hugo)

 

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mardi, 11 mars 2008

L'eau a cette beauté...

 

 

medium_Les_reflets_de_l_eau.gif

Au plus profond de ses Molécules
L'Eau a cette Beauté rassurante
Qui fait que les noirs Démons reculent
Devant cette Eau calme qui enchante

Même lorsque ses Lèvres écument
Crachant violemment toute sa Haine
Même lorsque ses Entrailles fument
Vomissant la Chaleur de ses Peines

L'Eau sait réconforter sous son Sein
Avec un Calme si maternel
Les Pleurs des Enfants et des Lutins
Et leur offre des Baisers de Miel

Car l'Eau renferme dans ses Poumons
Un Souffle féminin déferlant
Depuis les Sommets de l'Élotion
Jusque dans les Arcanes du Temps.....

L'inconnue

14:45 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Dans l'eau

medium_au_fond_de_l_aquarium.jpg
Dans l'Eau
Résonne le Son
D'une Voyelle féminine
Cerclée de Perfection

Elle rassemble en son Coeur
Une Beauté emplie de Contradictions
Car son Centre est le Point exact
Où se rencontrent

La Violence des Torrents
Et le Calme apaisant des Étangs
La Virilité de l'Océan
Et l'Ambiguïté féminine des Mers


La Chaleur des Geysers
Et le Froid tranchant des Banquises
Le Bleu Marine des Fonds océaniques
Et l'Azur de la Pluie
Aux Reflets prophétiques........

Inconnue

14:33 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

samedi, 01 mars 2008

Pour Mamita

medium_gexo.gif

Joyeux Anniversaire Mamita

~~~~

L'Amitié

Ça fleurit comme une herbe sauvage

N'importe où, en prison, à l'école,

Tu la prends comme on prend la rougeole

Tu la prends comme on prend un virage

C'est plus fort que les liens de famille

Et c'est moins compliqué que l'amour

Et c'est là quand t'es rond comme une bille

Et c'est là quand tu cries au secours

C'est le seul carburant qu'on connaisse

Qui augmente à mesure qu'on l'emploie

Le vieillard y retrouve sa jeunesse

Et les jeunes en ont fait une loi.

C'est la banque de toutes les tendresses

C'est une arme pour tous les combats

Ça réchauffe et ça donne du courage

Et ça n'a qu'un slogan "on partage"

Au clair de l'amitié

Le ciel est plus beau

Viens boire à l'amitié

Mon ami Pierrot

L'amitié c'est un autre langage

Un regard et tu as tout compris

Et c'est comme S.O.S. dépannage

Tu peux téléphoner jour et nuit

L'amitié c'est le faux témoignage

Qui te sauve dans un tribunal

C'est le gars qui te tourne les pages

Quand t'es seul dans un lit d'hôpital

C'est la banque de toutes les tendresses

C'est une arme pour tous les combats

Ça réchauffe et ça donne du courage

Et ça n'a qu'un slogan : "on partage"

Au clair de l'amitié

Le ciel est plus beau

Viens boire à l'amitié

Mon ami Pierrot

~

Herbert Pagani.

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Pour Héraime

Joyeux anniversaire René

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 Je t'offre ce Whisky, ces fleurs et cette chanson de France Gall

bisous

Angelina

~~~~

medium_des_violettes.JPGCézanne peint

Silence les grillons

Sur les branches immobiles

Les arbres font des rayons

Et des ombres subtiles

Silence dans la maison

Silence sur la colline

Ces parfums qu'on devine

C'est l'odeur de saison

Mais voilà l'homme

Sous son chapeau de paille

Des taches plein sa blouse

Et sa barbe en bataille

Cézanne peint

medium_glycine4.jpgIl laisse s'accomplir la magie de ses mains

Cézanne peint

Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n'voient rien

Si le bonheur existe

C'est une épreuve d'artiste

Cézanne le sait bien

Vibre la lumière

Chantez les couleurs

Il y met sa vie

Le bruit de son cœur

Et comme un bateau

Porté par sa voile

Doucement le pinceau

Glisse sur la toile

medium_violette_étoile.jpgEt voilà l'homme

Qui croise avec ses yeux

Le temps d'un éclair

Le regard des dieux

Cézanne peint

Il laisse s'accomplir le prodige de ses mains

Cézanne peint

Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n'voient rien

Si le bonheur existe

C'est une épreuve d'artiste

Cézanne le sait bien

Quand Cézanne peint

Cézanne peint...

France Gall

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mardi, 26 février 2008

Fidèles hirondelles

medium_Hirondelles.jpgFidèles hirondelles

~

Toi qui peux monter solitaire

Au ciel, sans gravir les sommets,

Et dans les vallons de la terre

Descendre et planer dans l'air,

~

Toi qui, sans te pencher au fleuve

Où nous ne puisons qu'à genoux

Peux aller boire, avant qu'il ne pleuve

Au nuage trop haut pour nous ;

~

medium_hirondelle_et_petits.jpgToi qui pars au déclin des roses

Et reviens au nid printanier,

Fidèle aux deux meilleures choses :

L'indépendance et le foyer.

~

Comme toi, mon âme s'élève

Et tout à coup rase le sol

Elle suit avec l'aile du rêve

Les beaux méandres de ton vol.

~

S'il lui faut aussi des voyages,

Il lui faut son nid chaque jour,

Elle a tes deux besoins sauvages :

Vivre libre dans l'intense amour.

~

Sully Prudhomme

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jeudi, 17 janvier 2008

La Panthère

medium_panthère-noir.JPG


 

La panthère noire

Une rose lueur s'épand par les nuées ;

L'horizon se dentelle, à l'Est, d'un vif éclair ;

Et le collier nocturne, en perles dénouées,

S'égrène et tombe dans la mer.

Toute une part du ciel se vêt de molles flammes

Qu'il agrafe à son faîte étincelant et bleu.

Un pan traîne et rougit l'émeraude des lames

D'une pluie aux gouttes de feu.

Des bambous éveillés où le vent bat des ailes,

Des letchis au fruit pourpre et des cannelliers

Pétille la rosée en gerbes d'étincelles,

Montent des bruits frais, par milliers.

Et des monts et des bois, des fleurs, des hautes mousses,

Dans l'air tiède et subtil, brusquement dilaté,

S'épanouit un flot d'odeurs fortes et douces,

Plein de fièvre et de volupté.

Par les sentiers perdus au creux des forêts vierges

Où l'herbe épaisse fume au soleil du matin ;

Le long des cours d'eau vive encaissés dans leurs berges,

Sous de verts arceaux de rotin ;

La reine de Java, la noire chasseresse,

Avec l'aube, revient au gîte où ses petits

Parmi les os luisants miaulent de détresse,

Les uns sous les autres blottis.

Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,

Elle ondule, épiant l'ombre des rameaux lourds.

Quelques taches de sang, éparses, toutes fraîches,

Mouillent sa robe de velours.

Elle traîne après elle un reste de sa chasse,

Un quartier du beau cerf qu'elle a mangé la nuit ;

Et sur la mousse en fleur une effroyable trace

Rouge, et chaude encore, la suit.

Autour, les papillons et les fauves abeilles

Effleurent à l'envi son dos souple du vol ;

Les feuillages joyeux, de leurs mille corbeilles ;

Sur ses pas parfument le sol.

Le python, du milieu d'un cactus écarlate,

Déroule son écaille, et, curieux témoin,

Par-dessus les buissons dressant sa tête plate,

La regarde passer de loin.

Sous la haute fougère elle glisse en silence,

Parmi les troncs moussus s'enfonce et disparaît.

Les bruits cessent, l'air brûle, et la lumière immense

Endort le ciel et la forêt.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

13:15 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

lundi, 14 janvier 2008

Le chat et le soleil

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LE CHAT ET LE SOLEIL

"Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux
Le soleil y resta.
Voilà pourquoi le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil."

  Maurice Carême

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jeudi, 10 janvier 2008

ELEVATION

medium_fleurs-des-champs.jpg

 

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse

S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

 

Charles Baudelaire.

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mercredi, 09 janvier 2008

Nuit de neige

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Nuit de Neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.

Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.

Mais on entend parfois, comme une morne plainte,

Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;

Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.

On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

De son morne regard elle parcourt la terre,

Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;

Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

Un vent glacé frissonne et court par les allées ;

Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;

De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

 

                              

                        Guy de Maupassant

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jeudi, 29 novembre 2007

D'une fontaine de silence, Q'un froid stellaire étreind d'absence...

medium_Fontaine_nuit.jpg 

La Nuit Transfigurée

                            ~~~

Ce flot de vent d'ombre et d'étoile

Au ciel immense qui se voile

Te fait trahir,

D'une lumière qui lointaine

Baigne tes songes de sirène

Et d'avenir,

Lueur de feu qui grève d'ombre

Tes yeux immenses qui font sombre

Dans les soleils,

D'une fontaine de silence

Qu'un froid stellaire étreint d'absence

Tes yeux vermeils.

Et la pâleur d'eau où se mire

Un soir étrange qui transpire

D' abolitions,

Jusqu' à penser à la paresse

Que dans un rêve de tristesse

Nous nous faisons,

Songe de nuit et d'amertume

Quand nous de nos ailes sans plume,

A parcourir

Ce feu d'étoile qui chancelle,

Nous cherchons la flamme nouvelle

Jusqu' à mourir. . .

Ce vent de feu qui monte vite

Et cette lèvre qui m'invite

A t'embrasser,

Dans un voyage dont j'avais

Prévu les chemins que tu sais

Ensorceler,

Ce soir étrange de sommeil

Qui nous conduit dans le soleil

D'ombre étoilée,

Nous ferons somme de langueur

Dans une vague de rumeur,

Transfigurée.

                   ~

Bernard De l'Océan

19:21 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

samedi, 03 novembre 2007

Le Merle

Un oiseau siffle dans les branches

Et sautille gai, plein d'espoir,

Sur les herbes, de givre blanches,

En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur crédule,

Ignorant du calendrier,

Qui rêve soleil, et module

L'hymne d'avril en février

Pourtant il vente, il pleut à verse ;

L'Arve jaunit le Rhône bleu,

Et le salon tendu de perse,

Tient tous ses hôtes près du feu.

Lustrant son aile qu'il essuie,

L'oiseau persiste en sa chanson,

Malgré neige, brouillard et pluie,

Il croit à la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse

De rester au lit si longtemps

Et, gourmandant la fleur frileuse,

Met en demeure le printemps.

Théophile Gautier

23:25 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d'utile

pour l'oiseau

placer ensuite la toile contre un arbre

dans un jardin

dans un bois

ou dans une forêt

se cacher derrière l'arbre

sans rien dire

sans bouger...

Parfois l'oiseau arrive vite

mais il peut aussi bien mettre de longues années

avant de se décider

Ne pas se décourager

attendre

attendre s'il le faut pendant des années

... Quand l'oiseau arrive

s'il arrive

observer le plus profond silence

attendre que l'oiseau entre dans la cage

et quand il est entré

fermer doucement la porte avec le pinceau

puis

effacer un à un tous les barreaux

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau

Faire ensuite le portrait de l'arbre

en choisissant la plus belle de ses branches

pour l'oiseau

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent

la poussière du soleil

et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été

et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter

Si l'oiseau ne chante pas

c'est mauvais signe

signe que le tableau est mauvais

mais s'il chante c'est bon signe

signe que vous pouvez signer

alors vous arrachez tout doucement

une des plumes de l'oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert

23:25 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

mardi, 23 octobre 2007

Chanson de la Seine

CHANSON DE LA SEINE

~

La Seine a de la chance

Elle n'a pas de souci

Elle se la coule douce

Le jour comme la nuit

Et elle sort de sa source

Tout doucement, sans bruit, sans sortir de son lit

Et sans se faire de mousse

Elle s'en va vers la mer

En passant par Paris.

La Seine a de la chance

Elle n'a pas de souci

Et quand elle se promène

Tout au long de ses quais

Avec sa belle robe verte

et ses lumières dorées

Notre-Dame jalouse, immobile et sévère

De haut de toutes ses pierres

La regarde de travers

Mais la Seine s'en balance

Elle n'a pas de souci

Elle se la coule douce

Le jour comme la nuit

Et s'en va vers le Havre, et s'en va vers la mer

En passant comme un rêve

Au milieu des mystères

-

Jacques Prévert

23:15 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

vendredi, 12 octobre 2007

Chanson d'automne

Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure

Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.

~

Paul VERLAINE

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jeudi, 11 octobre 2007

Ecoutez la chanson bien douce

Ecoutez la chanson bien douce

Qui ne pleure que pour vous plaire,

Elle est discrète, elle est légère :

Un frisson d'eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)

Mais à présent elle est voilée

Comme une veuve désolée,

 

Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile,

Qui palpite aux brises d'automne.

Cache et montre au coeur qui s'étonne

La vérité comme une étoile.

 

Elle dit, la voix reconnue,

Que la bonté c'est notre vie,

Que de la haine et de l'envie

Rien ne reste, la mort venue.

 

Elle parle aussi de la gloire

D'être simple sans plus attendre,

Et de noces d'or et du tendre

Bonheur d'une paix sans victoire.

 

Accueillez la voix qui persiste

Dans son naïf épithalame.

Allez, rien n'est meilleur à l'âme

Que de faire une âme moins triste !

 

Elle est en peine et de passage,

L'âme qui souffre sans colère,

Et comme sa morale est claire !...

Ecoutez la chanson bien sage.

~

Paul VERLAINE

10:06 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

lundi, 03 septembre 2007

Il porte un oiseau dans son coeur,

Il porte un oiseau dans son cœur,

~

Il porte un oiseau dans son cœur,

 

L'enfant qui joue des heures, seul,

 

Avec des couronnes de fleurs

 

Sous l'ombre étoilée du tilleul.

 

Il semble toujours étranger

 

À ce qu'on fait, à ce qu'on dit

 

Et n'aime vraiment regarder

 

Que le vent calme du verger.

 

Autour de lui, riant d'échos,

 

Le monde est rond comme un cerceau.

~

 

Maurice Carême

 

 

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mercredi, 29 août 2007

Couleurs d'Automne

Couleurs d'Automne

~

Arbres remplis de fruits qu'en cette saison la nature

Nous donne généreusement !

Gaieté dans les vignes où les raisins bien mûrs

Sont cueillis en chantant.

 

Premiers brouillards et champignons cachés des bois

Nonnettes voilées, bolets bais...

Sous les noyers les enfants cherchent les dernières noix

Que le vent fait tomber.

Dans un grand champ un percheron retourne la terre

En fumant des nasaux

Pendant qu'une volée d'oiseaux se battent à l'arrière

Pour quelques vermisseaux !

De temps à autre, des aboiements cassent le silence

Mêlés de coups de feu ...

Cache-toi petite biche des chasseurs sans clémence,

Si tu veux vivre heureuse,

Dans les sous-bois colorés et les arbres chargés

D'or, de feu et d'argent.

Tes amis les cerfs se battent comme des enragés,

Pour toi, jeune et charmante !

Pourtant chaque soir le soleil rétrécit sa course

En voyageur pressé.

Et chaque nuit : la Petit' Ours se colle à la Grand' Ours

Sans jamais renoncer !

Premiers cheveux blancs qu'on voit dans un miroir

Dès l'automne de l'âge,

Derniers vols d'hirondelles qui sentent venir le froid

Et partent vers les plages...

C'est la rentrée, les marrons sont tombés ; les feuilles

Voltigent au vent du Nord

L'enfant tout joyeux saute, les poursuit et les cueille

En sortant de l'école,

Et des plus belles couleurs, il s'en remplit les mains,

Puis les porte à sa mère,

Qui pour ne pas décevoir, garde précieusement :

Ce trésor éphémère

Jean Claude Brinette

09:29 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

lundi, 06 août 2007

Poême...Au pays des....

Au Pays des étoiles,

 

Il y avait un enfant malheureux sur la terre,

il est vrai qu'il avait perdu son père, sa mère.

L'espace sidéral étant son seul recours,

Là-bas, il décida d'aller chercher l'amour.

 

Il entreprit alors le dernier des voyages,

Après avoir longtemps marché sur les nuages.

J'ouvre la porte qui mène au ciel, moi, le terrien,

Ma religion, me dites-vous ? je n'en sais rien.

Toutes disaient qu'il faut par un amour sans fin,

Aider les autres, pourquoi alors suis-je mort de faim ?

 

J'ai eu très soif de justice et de liberté,

Rejeté par ces hommes parlant d'égalité.

Parmi tous ces riches avares sans pareil,

La richesse des pauvres était dans leur sommeil.

Pas un regard, pas même un serrement de main,

Des illusions, des fantasmes, sans lendemain.

 

Ventre vide, mes larmes étaient cette lumière,

Qui lentement m'aura conduit au cimetière.

Alors, voilà, je viens au ciel sans aucun voile,

Y a-t-il à manger... au pays des étoiles ?

 

Serge Armengol

14:44 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

samedi, 04 août 2007

J'arrive ou je suis étranger

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux


Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte


Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous


Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager


C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

LOUIS ARAGON

00:01 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

mardi, 17 juillet 2007

Citations:

"L'histoire est un prophète qui regarde en arrière." 

 Heinrich Heine

"Dans les temps de révolution, on ne trouve d'habileté que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l'exagération."

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord

~

"Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre."

Winston Churchill

~

"La liberté ne consiste pas à avoir un bon maître, mais à n’en point avoir."

Cicéron

~

"Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent."

Pierre Kropotkine

~

"La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve, Et vous aurez vécu, si vous avez aimé."

Alfred de Musset

11:56 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

samedi, 02 juin 2007

Des roses roses

Bonne fête
à
Tous
medium_globe-fée-roses.gif
Vivez, si m'en croyer, n'attendez à demain ;
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie

.

RONSARD,

 

20:05 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mercredi, 23 mai 2007

Les deux jardiniers

Les deux jardiniers

~

Deux frères jardiniers avaient par héritage

Un jardin dont chacun cultivait la moitié ;

Liés d'une étroite amitié,

Ensemble ils faisaient leur ménage.

L'un d'eux, appelé Jean, bel esprit, beau parleur,

Se croyait un très grand docteur ;

Et Monsieur Jean passait sa vie

A lire l'almanach, à regarder le temps

Et la girouette et les vents.

Bientôt, donnant l'essor à son rare génie,

Il voulut découvrir comment d'un pois tout seul

Des milliers de pois peuvent sortir si vite ;

Pourquoi la graine du tilleul,

Qui produit un grand arbre, est pourtant plus petite

Que la fève qui meurt à deux pieds du terrain ;

Enfin par quel secret mystère

Cette fève qu'on seme au hasard sur la terre

Sait se retourner dans son sein,

Place en bas sa racine et pousse en haut sa tige.

Tandis qu'il rêve et qu'il s'afflige

De ne point pénétrer ces importants secrets,

Il n'arrose point son marais ;

Ses épinards et sa laitue

Sechent sur pied ; le vent du nord lui tue

Ses figuiers qu'il ne couvre pas.

Point de fruits au marché, point d'argent dans la bourse ;

Et le pauvre docteur, avec ses almanachs,

N'a que son frère pour ressource.

Celui-ci, dès le grand matin,

Travaillait en chantant quelque joyeux refrain,

Béchait, arrosait tout du pêcher à l'oseille.

Sur ce qu'il ignorait sans vouloir discourir,

Il semait bonnement pour pouvoir recueillir.

Aussi dans son terrain tout venait à merveille ;

Il avait des écus, des fruits et du plaisir.

Ce fut lui qui nourrit son frère ;

Et quand Monsieur Jean tout surpris

S'en vint lui demander comment il savait faire :

Mon ami, lui dit-il, voici tout le mystère :

Je travaille, et tu réfléchis ;

Lequel rapporte davantage ?

Tu te tourmentes, je jouis ;

Qui de nous deux est le plus sage ?~

~

Jean Pierre Claris de Florian

23:46 Publié dans Poésies | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

samedi, 19 mai 2007

Vos enfants

Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles

de l'appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et, bien qu'ils soient avec vous,

ils ne vous appartiennent pas.

 

Vous pouvez leur donner votre amour

Mais non point vos pensées,

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps

Mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain,

Que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,

Mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière,

Ni ne s'attarde avec hier.

 

Vous êtes les arcs par qui vos enfants,

Comme des flèches vivantes, sont projetés.

L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini,

Et

Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches

Puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l'Archer

soit pour la joie

Car, de même qu'il aime la flèche qui vole,

Il aime l'arc qui est stable.

~

Khalil Gibran

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mercredi, 02 mai 2007

Le mois de Mai est le mois de Marie

medium_Ma_statue_de_Marie.JPG

Il est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n'ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s'arrête.

Midi !

Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage.

Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cœur trop plein,

Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,

Telle qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,

Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,

Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées,

Parce que vous m'avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,

Parce qu'elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,

Parce qu'à l'heure où tout craquait, c'est alors que vous êtes intervenue,

Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,

Parce qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,

parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie, simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Paul Claudel

(extrait de "La Vierge à midi", Poèmes de Guerre, N.R.F., 1914-1915

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